Ce Futur Qui Vient

La régénération dentaire, bientôt une réalité ?

Des chercheurs japonais ont peut-être trouvé la clé qui permettrait de faire repousser les dents. Ce « traitement révolutionnaire » permettrait de cibler un gène producteur d’une protéine qui bloque le mécanisme de régénération dentaire.

Des chercheurs japonais ont peut-être trouvé la clé qui permettrait de faire repousser les dents. Ce « traitement révolutionnaire » permettrait de cibler un gène producteur d’une protéine qui bloque le mécanisme de régénération dentaire.

Des chercheurs japonais viennent d’annoncer avoir mis au point un traitement efficace pour relancer la régénération dentaire chez l’humain. Des essais cliniques ont débuté en 2024 chez des patients atteints d’insuffisance dentaire et sont en cours.

La régulation de la morphogénèse dentaire est un phénomène complexe et de mieux en mieux compris. Comme les becs, les cornes et plusieurs glandes eccrines, les dents sont des organes ectodermiques qui se développent à partir d’interactions réciproques entre l’ectoderme oral (épithélium) et le mésenchyme dérivé de la crête neurale (structure embryonnaire) lors du développement buccal. Or les humains n’ont que deux jeux de dentition (les dents de lait et les dents d’adultes définitives), là où chez d’autres animaux (les requins par exemple), les dents repoussent en permanence.

De premières expériences menées en 2018 avaient ainsi déjà permis de montrer que l’inhibition d’un gène spécifique appelé USAG-1 (gène-1 associé à la sensibilisation utérine) permettait d’activer les protéines morphogénétiques osseuses (BMP, bone-morpho protein), conduisant à la production de dents chez des souris atteintes d’agénésie congénitale (absence de dents définitives).

Des « bourgeons dentaires dormants »

Ces recherches furent confirmées en 2021 par des expériences conduites cette fois sur des furets par la même équipe, celle du Dr Katsu Takahashi, directeur de recherche et chef du service de chirurgie dentaire de l’hôpital Kitano, à Osaka. Les chercheurs ont réussi à mettre au point un anticorps monoclonal (TRG035) ciblant le gène USAG-1, un traitement qui s’est révélé efficace au point de parvenir à faire repousser les dents des petits mustélidés[1].

L’identification du gène USAG-1 comme régulateur clé du développement dentaire est donc une étape majeure, qui vient juste après la mise en évidence de « bourgeons dentaires dormants » sous les gencives. 

Le traitement du Dr Takahashi, qui est aussi le directeur technique de la start-up Toregem BioPharma, permettrait donc d’activer une nouvelle série de dents. Un traitement pourrait donc être prêt pour une mise sur le marché en 2030, même si les choses ne seront peut-être pas aussi simples : il faudra s’assurer que les nouvelles dents poussent de manière contrôlée et aboutissent à un résultat fonctionnel, ce qui n’est pas nécessairement gagné.

Il s’agirait dans un premier temps de traiter les « cas urgents », des patients atteints d’agénésie congénitale, dont l’insuffisance dentaire (six dents ou plus manquantes à la naissance) est très handicapante physiquement et socialement. Une maladie qui touche environ 1% de la population.

A terme, cette découverte offrirait une alternative à la pose d’implants ou de prothèses dentaires. C’est donc aussi un enjeu important en matière de santé publique car les solutions conventionnelles à la perte dentaire sont à la fois coûteuses, invasives et souvent limitées dans le temps. C’est donc un espoir immense pour des millions de gens dans le monde qui ont perdu leurs dents à cause de caries ou de blessures.

Un nouveau pas vers l’allongement de la vie en bonne santé. La science avance !


[1] Mishima, S., Takahashi, K., Kiso, H. et al. Local application of Usag-1 siRNA can promote tooth regeneration in Runx2-deficient mice. Scientific Reports 11, 13674 (2021).

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